đż Quand la forĂȘt nous bouleverse !
- Laurence Paganucci
- 4 mai
- 3 min de lecture
Au dĂ©tour dâun chemin en forĂȘt, aprĂšs sâĂȘtre laissĂ© immerger et bercer par sa prĂ©sence enveloppante, en entrant en son cĆur⊠quelque chose nous saisitâŠdans le nĂŽtre.
Comme si, en allant plus profondĂ©ment en elle, on entrait aussi plus profondĂ©ment en contact avec nos sensations â et mĂȘme nos Ă©motions.
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Le pouvoir Ă©motionnel de la forĂȘt
Je viens de terminer lâanimation dâun stage de trois jours en forĂȘt. Et je suis toujours aussi bouleversĂ©e par sa magie : les liens et lâĂ©merveillement quâelle crĂ©e, procure.
La lumiĂšre filtre entre les branches, lâair est chargĂ© dâodeurs humides, et cette humiditĂ© rĂ©vĂšle dâautres fragrances.
Les sons apparaissent : clapotis, bruissements dans les feuilles, les pas au sol, les brindilles qui craquent, la terre, les feuilles⊠et les mélodies des oiseaux.
Au départ, une marche.
Puis des respirations apaisantes, quelques ateliers sensoriels⊠et soudain, quelque chose bascule.
Ce nâest pas seulement agrĂ©able, ni simplement beau. Câest plus vaste que ça.
Une émotion qui déborde, qui enveloppe, qui nous traverse⊠malgré tout.
MalgrĂ© le quotidien que nous portions encore Ă lâorĂ©e de la forĂȘt.
MalgrĂ© les idĂ©es persistantes et limitantes que lâon avait encore il y a quelques minutes.
MalgrĂ© la to-do list, le retour vers ce que nous nâavons pas fait hier et ce Ă quoi nous devons penser pour demain.
Une Ă©motion qui dĂ©borde, qui enveloppe, qui nous traverseâŠqui fait taire le mental ;qui fait dresser les poils sur les bras, trembler la voix, humidifier les yeux â parfois jusquâaux larmes.
Une sensation qui nous fait ressentir quelque chose⊠de plus grand que nous.
Ce type dâĂ©motion, nous le connaissons dĂ©jĂ .
Dans une salle de spectacle, face Ă une scĂšne bouleversante.
Dans un morceau de musique qui nous submerge.
Devant une Ćuvre dâart qui nous arrĂȘte net.
Ces moments oĂč quelque chose en nous sâouvre, oĂč le mental se tait, oĂč lâon ressent pleinement, profondĂ©ment.
Ce qui est troublant avec la nature,
câest quâelle provoque ces Ă©motions,
Sans intention.
Sans message.
Sans mise en scĂšne.
Et câest ce qui les rend plus fortes encore.
Un mot pour définition ?
Ce que nous ressentons dans ces instants porte un nom en psychologie : lâĂ©merveillement profond, parfois dĂ©signĂ© par le terme anglais awe.
Câest une Ă©motion particuliĂšre, qui apparaĂźt face Ă quelque chose de vaste et qui dĂ©passe notre comprĂ©hension immĂ©diate.
Elle a deux caractéristiques principales :
une sensation de grandeur
un besoin intérieur de réajuster notre perception du monde
Autrement dit, quelque chose en nous reconnaĂźt quâil est face Ă plus grand que lui.
Et cela produit un effet Ă©tonnant : le sentiment du âmoiâ se fait plus discret.
On ne disparaĂźt pas, mais on cesse dâĂȘtre le centre.
On est avec.
On fait partie de.
Nous ne sommes pas face Ă la forĂȘt.
Nous ne sommes pas seulement dedans.
Nous en faisons partie.
Et câest peut-ĂȘtre cela qui rend lâexpĂ©rience si intense.
Il nây a plus de distance.
Plus vraiment dâobservateur⊠ni mĂȘme de contemplateur.
Plus vraiment de séparation entre celui qui regarde et ce qui est regardé.
Dans ces moments subtils dâappartenance, quelque chose se produit.
Une forme de relĂąchement.
Une diminution des frontiĂšres.
Un sentiment dâunitĂ©.
Comme si lâon cessait, briĂšvement, dâĂȘtre sĂ©parĂ© du reste.
Ce nâest pas une pensĂ©e. Câest une sensation.
Au délà des mots
Si ces expĂ©riences nous touchent autant, ce nâest sans doute pas un hasard.
Il existe une idée simple mais puissante : la biophilie.
Une forme dâaffinitĂ© profonde avec la nature, inscrite en nous.
Les mots pointent cependant vers quelque chose que notre langage peine Ă saisir.
Comme si, au fond, ces moments nâĂ©taient pas une exception⊠mais un retour.
Dans un monde oĂč tout va vite, oĂč lâattention est constamment sollicitĂ©e, ces moments sont plus que prĂ©cieux â ils sont probablement vitaux : source dâharmonie, dâempathie, des respect, dâaltruisme, de comprĂ©hension, de coopĂ©ration, de protection
Peut-ĂȘtre sâagit-il moins de chercher ces instants⊠que de leur laisser de la place.
Et au dĂ©tour dâun chemin, il nây a plus vraiment âelleâ et ânousâ, ni mĂȘme « les autres ».
Il y a un mĂȘme tissu de vie, vibrant, mouvant, prĂ©sent.
Et peut-ĂȘtre est-ce cela, que la forĂȘt nous fait ressentir, Ă travers les arbres, liens anciens des mondes et des connaissances : que nous sommes tous liĂ©s et reliĂ©s.

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