Quand la maladie et les grandes blessures nous donnent presque envie de nous excuser 😔
Il y a quelque chose d'étrange dans la maladie, comme dans toute grande blessure de l’être d’ailleurs. Comme si, au-delà de ce que le corps et l’âme traversent, il fallait aussi composer avec une forme de culpabilité.
La culpabilité qui semble faire apparaître un manque en soi, comme si nous devenions un être incomplet, différent de ce que nous devrions être selon les standards du conformisme sociétal.

Là où tout semble devoir être maîtrisé, performant, compétitif, où les images donnent souvent l’impression que tout va bien, tout le temps, la maladie, les grandes blessures, viennent faire tache.
Elles rappellent brutalement que nous sommes des êtres humains, et que dans une vie, tout ne peut pas être parfait.
Et peut-être est-ce cela qui dérange le plus : la rupture avec ce qui est attendu.
Nous avons appris à avancer. À tenir. À ne pas nous plaindre. À ne pas trop parler de ce qui ne va pas. A croire en la justice et la perfection
J'ai été élevée ainsi : on avance quoi qu'il en coûte ! Surtout, on ne raconte pas ses problèmes.
Je me souviens même d'une expérience, lorsque je n'avais pas dix ans. J'avais parlé à une amie de choses que j'avais entendues à la maison. La réaction avait été brutale. Quelques paroles, une paire de claques, mais surtout une leçon profondément inscrite en moi : certaines choses ne se disent pas.

On ne parle pas de ce qui se passe chez soi, en soi. On ne raconte pas ses difficultés. On garde pour soi. Parce que cela pourrait être honteux. Parce que cela pourrait être mal compris. Parce que cela pourrait donner une mauvaise image. Parce que, peut-être, montrer ses fragilités, c'est déjà se montrer faible.
Parce qu’on pourrait être jugée et, par là même, ne plus correspondre au standard que l’on voudrait atteindre, ou à l’image que l’on voudrait montrer. Alors on apprend à se taire. On avance. On fait bonne figure.
La vie fait son chemin. Nos expériences nous déplacent. Elles fissurent parfois certaines certitudes.
Et un jour, on comprend que parler n'est pas forcément s'étaler.
Parler peut être donner enfin une place à ce qui, jusque-là, était resté enfermé quelque part à l’intérieur et faisait peut-être plus mal encore de cet enfermement.
Mais parler n'est pas toujours facile. Tout le monde n'a pas les mots. Tout le monde ne sait pas raconter ce qu'il ressent. Et parfois même, les mots sont trop petits pour ce qui se vit.
Alors, de mon côté : j'écris. Sur du papier. LIbre ou dans des carnets. Sur des feuilles blanches numériques. Parce qu'une feuille ne juge pas. Elle ne demande pas d'aller bien.
Elle ne demande pas d'être cohérent. Elle accueille. Elle laisse venir les mots lorsqu’ils viennent, les phrases incomplètes, les silences entre deux lignes, les choses que l’on n’aurait jamais osé dire aux autres, même aux plus proches.
Dans mes accompagnements, en cabinet comme dans la nature, j'invite ainsi les personnes à déposer. Tout en étant pleinement consciente que déposer ne signifie pas nécessairement parler.

Alors nous commençons souvent autrement. Par le calme. Par l'apaisement. Par une attention portée à son corps, à sa présence, à l’espace qu’il occupe. Puis viennent les ressentis.
Laisser les choses s’exprimer, c’est accueillir ce qui se présente. Une couleur qui apparaît. Une image. Une sensation. Une larme qui perle au coin de l’œil. Un visage que l’on aimerait revoir. Un autre que l’on voudrait peut-être effacer.
Cela peut aussi venir d’une odeur qui ramène quelque part. D’un bruit qui rassure. De la chaleur du soleil sur la peau. Du contact d’un arbre. Du souffle. De la nature. Des sens. Toutes ces grandes portes d’entrée vers soi lorsque les mots ne savent pas encore comment sortir.
Il ne s'agit pas de forcer. Il ne s'agit pas de tout raconter. Il ne s'agit même pas forcément de comprendre.
Il s'agit parfois simplement de laisser exister ce qui est là. Sans jugement. Sans honte.
Et peut-être que c'est ainsi que quelque chose commence à se réparer. Pas nécessairement le corps. Mais le lien avec soi. La confiance. Le droit de ressentir.
Le droit de ralentir. Le droit de ne pas être performant. Le droit d'être bouleversé. Le droit d'avoir besoin des autres. Le droit, aussi, de ne pas aller bien sans être coupable de ne pas aller bien.
Nous ne sommes pas faits pour fonctionner sans interruption, sans faille, sans fatigue, sans émotion. Nous sommes des êtres vivants, traversés par des cycles, des mouvements, des changements. [Lire aussi : La météo intérieure – lien vers l’article]

Et derrière les apparences parfaites, derrière les sourires, derrière celles et ceux qui continuent d'avancer comme si de rien n'était, il y a parfois, souvent, des histoires que personne ne connaît.
Des combats silencieux. Des peurs. Des bouleversements. Des corps qui changent. Des repères qui vacillent.
Alors peut-être pouvons-nous apprendre à regarder autrement nos propres fragilités.
Et celles des autres. Avec davantage de douceur.
Je ne crois pas qu'il faille tout dire. Mais je crois profondément que ce qui ne peut pas être dit peut trouver d'autres chemins pour être déposé.

Et de là quelque chose peut se réveiller et grandir. Cette étincelle de vie que l'on croyait peut-être avoir perdue.
Il ne s'agit pas de faire briller à tout prix. Simplement de lui donner la place qu’elle mérite. Jusqu'à ce qu'elle puisse, à nouveau, éclairer le chemin.
Pour mettre des mots là où, parfois, il n’y en avait pas j’ai écrit un livre : Le Crabe et la Méduse, en auto édition.

Je l’ai écrit au fil de ce que je vivais, non pas pour raconter une maladie, mais pour tenter de dire ce que la maladie déplace en nous, ce qu’elle fait surgir, ce qui vacille… et ce qui, malgré tout, continue de vivre.
Peut-être que certaines de ces pages résonneront avec votre propre histoire, ou avec celle d’une femme qui vous est chère.
Le Crabe et la Méduse est disponible en version papier et ebook sur Amazon.


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