🎀 Octobre Rose : ce qu'il apporte, ce qui questionne, ce qu'on peut se dire
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Octobre rose est partout. Des vitrines roses, des pâtisseries roses, des challenges d'entreprise, des marches, des marchés, des animations dans les galeries commerciales…
Et sur les réseaux sociaux, dans les « couloirs » de nos échanges, un autre mouvement se fait entendre : octobre rose est critiqué et certains parlent même d’« Octobre Noir ».
🌸 ALORS FAUT-IL ETRE POUR OU CONTRE ?
Je ne crois pas que la question soit aussi simple. Je ne crois même pas que ce soit la bonne question.
Je suis moi-même touchée par un cancer du sein. Je suis aussi sophrologue, et j'accompagne des femmes confrontées à la maladie.
C’est parce que je suis, d’une certaine manière, des deux côtés que j’ai envie de parler de ce sujet.
Parce que derrière Octobre Rose, il y a de très belles choses.
Mais aussi parce qu’Octobre Rose est devenu un événement tellement visible, tellement médiatisé et parfois tellement récupéré commercialement, qu'il me semble aussi nécessaire de regarder ce qui dérange.
🌸 CE QU'OCTOBRE ROSE APPORTE DE BEAU
Le cancer du sein concerne énormément de femmes.
En France, on estime à 61 214 le nombre de nouveaux cas en 2023. C'est le cancer le plus fréquent chez la femme.
Ce qui est encourageant, c’est qu’une grande partie des cancers du sein sont aujourd’hui diagnostiqués à un stade précoce, ce qui change beaucoup de choses pour les traitements et pour la suite. Mais la participation au dépistage organisé reste autour d’une femme sur deux.
C'est là qu'Octobre Rose a du sens : rappeler, informer, donner envie de ne pas repousser ce rendez-vous.
Et on en parle peut-être moins, mais l’argent collecté peut aussi contribuer à financer des soins de support. Les soins de support ne traitent pas directement la tumeur. Ils permettent d’aider les personnes à traverser la maladie et ses conséquences : soutien psychologique, activité physique adaptée, socio-esthétique, nutrition, accompagnement social, relaxation…
Prévention, dépistage, information, recherche, accompagnement : tout cela mérite d'être soutenu.
ALORS OUI ! cet argent et cette mobilisation peuvent avoir du sens. Oui, la recherche a besoin de moyens. Oui, les femmes malades ont besoin d'être accompagnées. Oui, parler du cancer du sein peut permettre à certaines femmes de prendre conscience de l'importance d'un suivi ou d'un dépistage.
Ce serait dommage de l'oublier parce qu'une partie du dispositif nous dérange.
😔 MAIS ALORS QU'EST-CE QUI DERANGE ?
Parce qu'entre la cause et ce qu'on en montre, il y a parfois un décalage.
Quand on est malade, le cancer n'est pas rose. Ce n'est pas une photo souriante prise avant une marche collective. C'est la peur. Les rendez-vous médicaux. Les résultats qu'on attend le ventre noué. La chirurgie, les cicatrices, les traitements, la fatigue. Un corps qui change. La peur de la récidive.
Et, longtemps après, cette question qui revient : « Est-ce que je suis vraiment sortie de cette histoire ? »
Alors forcément, quand on voit sa maladie devenir un objet marketing, la colère peut monter. Je le comprends.
🎀 LE ROSE COMME SIMPLE SUPPORT
Même si, bien sûr, on peut se dire qu’afficher une couleur est une manière de manifester sa solidarité, de montrer son engagement. Le rose permet de donner une image sympathique, généreuse et solidaire et devient un levier facile : le rose permet de vendre !
Alors quand une vitrine, un produit ou une pâtisserie devient rose, que des goodies rose à gogo sont proposés sur les réseaux…. J’ose me poser une question simple :
à partir de quel moment la solidarité devient-elle un outil de communication commerciale ?
Je ne prête de mauvaises intentions à personne, et beaucoup de commerçants et d'entreprises s'engagent avec une grande et belle sincérité. Mais je crois que nous avons le droit de nous interroger sur la transparence et sur les intentions qui entourent certaines actions.
🥊 LE VOCABULAIRE DU COMBAT
« On va battre le cancer », « on va gagner ! » Je comprends l'intention : elle veut donner de l'espoir. Et pour certaines femmes, se sentir en combat donne de la force. Si ces mots vous portent, ils sont tout à fait légitimes.
Mais, nuançons, le cancer n'est pas un adversaire que l'on affronte avec un poing levé et que l'on terrasse avec lui. Et au contraire, mais là c'est entièrement ma vision des choses, entrer en guerre contre une partie de soi, ne me semble pas la meilleure façon d'aborder la maladie.
La maladie n'est pas une épreuve olympique. Il n'y a pas de médaille pour la plus positive, la plus combative. On peut suivre tous ses traitements et connaître malgré tout une récidive. Et surtout, il n'y a pas d'échec à être malade, à se sentir/être épuisée, à ne pas arriver à faire face certains jours.
Il n'existe pas une bonne manière d'être malade.
🎀 LES AUTRES CANCERS
Octobre Rose est consacré au cancer du sein, et il ne prétend pas représenter tous les cancers féminins.
Pourtant, le rose est devenu tellement présent que les femmes touchées par un cancer de l'ovaire, du col de l'utérus, de l'endomètre ou par des cancers plus rares peuvent se sentir invisibles.
Leur faire de la place ne retirerait rien au cancer du sein. Au contraire : cette belle capacité de mobilisation pourrait aussi servir à parler plus largement de la santé des femmes 🤝.
🎀 UNE TROISIEME VOIE
L'air du temps est au binaire, je ne le suis pas… binaire, ni dans l'air du temps d'ailleurs, sauf celui qui ébouriffe mes cheveux quand je regarde la canopée depuis une colline.
Je ne suis donc ni dans le « tout est formidable » de la version actuelle du mois rose, ni dans le « tout est scandaleux ».
Et je vous invite à peut-être à sortir du duel « Octobre Rose vs Octobre Noir », et dire :
OUI et RECONNAISSANCE à la recherche, aux soins de support, à l'information et à la prévention, aux associations qui accompagnent vraiment les patientes et font un travail formidable, à la solidarité massive.
Et aussi oui au droit de questionner les excès, la récupération commerciale, les slogans simplistes, décalés ou déplacés, les goodies à outrance.
Parce que je crois que nous avons le droit d'en parler, et qu'il est « sein » de le faire.
Pour qu'Octobre Rose reste ce pour quoi il a été créé : se mobiliser sur tout le positif qui peut en découler, en écoutant ce qui fâche certaines femmes, en regardant en face ses dérives.
Entre tout accepter et tout rejeter, il y a une place pour la nuance 🌼.
ET SURTOUT, IL Y A CEUX QUI SONT LÀ TOUTE L'ANNÉE
Octobre dure un mois. Les vitrines retrouvent leurs couleurs, les marches s'arrêtent, les réseaux passent à autre chose.
Mais la maladie, elle, ne regarde pas le calendrier. Elle est là en février, en juillet, un dimanche soir de novembre.
Alors, pour finir, je voudrais rendre hommage à toutes celles et ceux qui œuvrent toute l'année, loin des projecteurs : les soignants, les associations et leurs bénévoles, les proches et les aidants.
Octobre Rose, c'est un mois. Vous, eux, c'est toute l'année. 🎀


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